Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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La question est moins celle-là que "quel est le catalogue de titres récents dispo en argentique, autrement dit pour lesquels on peut choisir de ne pas recevoir de DCP ?
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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MOSS a écrit :Est-ce que les papyrus égyptiens séculaires sont de moindre qualité que les impressions offset du 20ème siècle?? Perso, je ne parviens pas à me poser la question! Ana contre Num pareil.
Comme spectateur, j'aime l'image l'analogique, mais je suis toujours un peu gêné quand la piste son a vraiment morflé, bien plus que par des rayures ou pecs sur les images.
D'ailleurs, mon premier réflexe de "spectateur numérique" a été de louer les potentiels de la reproduction sonore.
Je cherchais une comparaison dans ce genre. Merci pour celle-ci qui marche bien.
Un offset d un papyrus d'il y a des millénaires, ou un papyrus nouveau fabriqué à partir d'un offset, voilà qui serait un moyen relativement efficace de démontrer que le couac vient du changement de format.
Un mouvant (movie en anglais, je n'ai pas trouvé mieux pour l'instant en français que ce néologisme) de 2014 ou 2015 réalisé en numérique (disons par exemple Gone Girl de Fincher) a une esthétique propre au support dans lequel il est supposé être projeté en salle. Un film originellement tourné en argentique a une esthétique argentique qui a du mal à être respectée quand il y a transfert numérique.
D'une manière générale, j'aime bien qu'on parle en terme de différence et non pas en terme de comparaison qualitative: "c'est mieux ou c'est moins bien", ca restreint très vite le champ de réflexion.
Gone girl est un mouvant qui selon moi a besoin de la "froideur" du numérique, de cet aspect léché presque "exagéré" que certains pourraient appeler "meilleure qualité" parce que netteté inatteignable en 35. Parce qu'il s'agit d'un mouvant sur le mensonge constant, sur un monde lisse mais faux, sur une apparence toujours trompeuse de propreté, d’honnêteté et de qualité humaine.
Et ce mouvant marche aussi grâce à son mode de fabrication et de projection. Je ne peux imaginer un grain photographique là dedans, qui viendrait dire que à mais non tout n'est pas propre et impeccable.
Bien sûr, je ne dis pas que le mouvant ne se serait pas fait si le numérique n'avait pas existé. Je dis juste qu'il ne serait pas le même.
De l'autre côté, m'est avis qu'un mouvant comme Mot naturen aurait mérité une photo moins numérique, une vibration du grain, une respiration que le numérique n'offre pas.
Bon après, même en argentique, on tombe sur de la diversité de mode de projection et de formats qui font que la projection n'est pas optimale (film pensé et tourné en Imax et copie 35, film tourné en 35 et projeté en 70, etc.)
Ce qui reste embêtant dans cette histoire numérique versus photochimique (j'aime pas trop le mot analogique, qui ne se définit qu'en négation du numérique: ce n'est pas numérique, donc c'est analogique, ou sinon qu'en rapport à autre chose: analogue à? à quoi au fait?), c'est la restriction du choix pour les cinéastes. Si seulement on pouvait décider de tourner dans le support que l'on veut et qu'il soit distribué dans le support que l'on veut. Ah oui, on peut, mais il faut beaucoup de "si": si on est Nolan, par exemple, ou si on se contente d'un format plus petit que le 35mm, etc.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Là où je nuancerais ton propos, Musi, c'est qu'un film comme "Hunger Games" a été tourné intégralement en argentique, mais en ayant, dès le départ, une projection en numérique DCP comme finalité envisagée. L'important serait donc moins le support/format de tournage, que celui de diffusion. 776792
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Yannick a écrit :Là où je nuancerais ton propos, Musi, c'est qu'un film comme "Hunger Games" a été tourné intégralement en argentique, mais en ayant, dès le départ, une projection en numérique DCP comme finalité envisagée. L'important serait donc moins le support/format de tournage, que celui de diffusion. 776792
l important c est que le format pensé soit respecté. Et ca peut vouloir dire: série télé tournée en 35 mais pour etre montrée a la télé. Au cinoche ca donne autre chose.
Apres, on peut vouloir voir Game of Thrones au cinoche, et y a pas de jugement de valeur a faire sur cela mais c est pas le format pensé au départ pour cette série.
Apres dans les années 2010/2011 on a plein de films projetés dans les deux formats. Mais la possibilité envisagée c est juste un compromis fait dans un sens ou dans l autre. Et c est souvent un non choix: bon j ai tourné en photochimique MAIS il me faut une copie numérique ou bon j ai tourné en numérique MAIS tous les cinémas ne sont pas encore équipés alors ben je fais les deux. Mais il y a TOUJOURS un énorme travail d adaptation a l étalonnage dans un cas comme dans l autre.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Pour ceux que la technique du numérique intéresse:
http://www.afcinema.com/La-texture-de-l ... iques.html

L'introduction rejoint d'ailleurs des arguments avancés plus haut:
La texture de l’image numérique est un territoire relativement vierge, le piqué en fait partie. Les choix de la texture et du piqué sont des décisions artistiques mais dans l’image brute produite par la caméra, ces choix sont pour l’instant essentiellement créés et gérés par des ingénieurs. Avec talent mais sans qu’ils correspondent forcément à la dramaturgie du film et aux attentes des réalisateurs et directeurs de la photo. ***
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Dans certains cas (exploitation en parallèle, introduction d'une technologie nouvelle) on peut aussi retenir un état du film documenté et/ou que l'on peut dater : version Apollo pour le Napoléon de Gance, version présentée à la première pour Metropolis ou Lola Montès. Avec le risque du coup de créer un contresens historique dans la mesure où cette version ne sera pas la version qui aura été le plus vue par les spectateurs de l'époque. Ainsi, par exemple, il y a de fortes chances pour que, sur le territoire américain, "La Tunique" ait été vue surtout dans sa version "Academy" tournée en parallèle, (et qui a pendant longtemps servi de master aux différentes télédiffusions). Et pourtant c'est la version "scope", qui est aujourd'hui privilégiée.
Et je ne parle même pas des différents montages que peut subir un film, à l'instar de Fantasia qui existe dans au moins deux versions (Version Roadshow 1940, avec entracte et interventions de Deems Taylor, et version "RKO" très écourtée et sans entracte, qui fut exploitée par le distributeur habituel de Disney avant que la firme aux grandes oreilles ne lance Buena Vista).
Le numérique offre alors un atout : on peut faire très facilement cohabiter les deux versions pour les comparer ou pour les présenter.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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NOSTROMO a écrit :
Vous m'avez mal compris c'était une parabole pour dire que ce n'était pas des salles réputées pour leur qualité de projection ...

Mais vous n'avez pas répondu à la question.
Désolé si je vous ai mal compris.

En ce qui concerne la question ..... qui est un vaste problème.

Pour la petite histoire je dois indiquer que ma famille exploitent des cinémas
depuis très longtemps. Mes grand-parents ont débuté fin des années 30.
J'ai donc toujours vécu "dans le milieu" et j'ai pu observer la plupart des "dites"
évolutions techniques.

Cela dit nous avons eu d'énormes problèmes lors des installations des premiers
équipement numériques. Particulièrement des problèmes d'instabilité. Je dois
donc avouer que j'avais, suite à ces déboires, un sérieux préjugé contre le
cinéma numérique. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

Je pourrais écrire de longues pages pour expliquer ce qui c'est passé mais
les participants du présent forum seraient vite ennuyés.

Pour résumer je vais dire que c'est mon humble opinion que les meilleures
installations digitales, maintenant, SURPASSENT la qualité des bonnes projections
en argentique 70mm. Particulièrement sur les (très chères) installation Barco-Laser
double 4K. C'est absolument prodigieux.

J'ai eu le plaisir d'assister à une démonstration à Burbank. Projection d'une bobine
70mm (toute neuve, jamais servi, chimie Kodak Vision) imprimée "copie 0" du
négatif restauré de BEN HUR. Projecteur DP-75, objectif ISCO, complèment
optique SuperPanatar de Panavision.

Puis de la même séquence digitalisée (scan 8k du négatif 65mm par Fotokem, transfert direct DCP en 4K, projection sur Barco-Laser type DP4K-60L x 2, écran 26m). La projection digitale surclasse très NETTEMENT la projection argentique. C'est même
un autre monde.

J'avais déja été très favorablement impressionné par une démonstration de projection
comparative du film SAMSARA (copie 70mm - DCP 4K).

Mais, tout cela étant dit, quelle que soit la technique au tournage et celle de la
projection, si un film est mauvais il restera mauvais :)
Attention, vous parlez dans les deux cas (Ben hur et Samsara) de copies 70mm d'un master numérique issu d'un scan (même très haute résolution) et non d'une projection 70mm en bout d'une chaine 100% argentique. Pour une comparaison plus juste il faudrait comparer par exemple le prochain Tarantino projeté en 70mm (si il existe une version 100% argentique sans passage par un intermédiaire numérique) et sa version DCP.
Je viens de voir le nouveau film Jurassic World, tourné sur pelicule IMAX et 35mm (mais avec un ratio constant de 2:1) dans mon Multiplex du coin en version 3D numérique. Le rendu est vraiment impressionnant et inhabituel (profondeur de champ fortement réduite avec fort floue d'arrière plan ce qui n'est pas courant surtout en 3D). La richesse des couleurs et la gestion des hautes lumières de la pellicule font comme d'habitude toute la différence avec la plupart des cameras numériques de mon point de vue. Un format que j'ai vraiment apprécié déjà en projection numérique courante, je serais curieux de voir la différence avec une copie 70mm si il en existait une.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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003654 Ben dites donc ce post aura bien fait parlé en tout cas :!:
Ca ne m'étonne d'ailleurs pas quand on aime ...
Je ne suis pas assez qualifié pour ajouter mon grain de sel mais je ne peux que vous remercier de tous ces avis. On peut bien comprendre que les discutions soient endiablées puisque elles ont lieu entre passionnés et pro ... Mais elles emmènent aussi un peu de réflexion à l'amateur que je suis.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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sylpieste a écrit :003654 Ben dites donc ce post aura bien fait parlé en tout cas :!:
Ca ne m'étonne d'ailleurs pas quand on aime ...
Je ne suis pas assez qualifié pour ajouter mon grain de sel mais je ne peux que vous remercier de tous ces avis. On peut bien comprendre que les discutions soient endiablées puisque elles ont lieu entre passionnés et pro ... Mais elles emmènent aussi un peu de réflexion à l'amateur que je suis.
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sous des airs de ne pas prendre parti, il y a le mot 'grain' au milieu de ta réponse 1352
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Pour ma part, outre le côté purement économique du basculement forcé en numérique, je préfère l'argentique pour son côté "vivant", organique, aléatoire...
Je n'aime pas l'expression "il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis" : je n'ai jamais aimé Hitler, suis-je un con si je ne change pas d'avis ?

Je préfère encore voir un film avec des rayures et poussières qu'une projection aseptisée car la production n'a pas mis les moyen dans l'image mais dans le cachet des vedettes.

Je comprend que des gens qui vivent dans une maison aseptisée, avec une cuisine équipée blanche laquée, qui conduisent une voiture de luxe blanche brillante, qui ont peur de se salir dans l'herbe, ne supportant pas la moindre poussière, passant leur vie à prendre des médicaments, etc. puissent préférer une projection numérique froide, aseptisée et sans aucun défaut.

J'aime le contact et travailler avec des matériaux bruts comme le bois, ne vit pas de manière aseptisée, ne m'habille pas en blanc pour bricoler, ne vais pas égorger un mec parce qu'il a fait une rayure sur ma voiture, etc.

Sans avoir de préjugé en établissant deux profils de personnes - tout le monde est différent - j'ai souvent constaté que ce sont les gens les plus aisés/aseptisés (et ce n'est pas un gros mot pour moi) qui s'énervent en voyant rayures et tâches. Forcément, ils n'ont pas de défauts sur leur écran plat géant Full HD 3D 1080p 60Hz...
J'ai de très bon amis qui sont comme ça, en ce moment ils veulent acheter un écran plat 4K incurvé :mrgreen:


Je ne vais pas refuser de voir un film parce qu'il est en numérique. J'ai déjà vu plusieurs DCP qui m'ont surpris qualitativement [ressort ma boîte en métal contenant tous mes tickets de cinéma] :

- Titanic (2012) tourné en Super 35mm et 35mm 2Perf, converti en 3D numérique 4K
- Le Promeneur d'Oiseau (2013) tourné en Arri
- Maestro (2014) tourné avec une Arri Alexa ProRes et objectif Cooke Panchro / Angénieux Optimo 28x76 mm zoom
- Marie heurtin (2014) tourné en Arri

Ces 3 derniers ont été tournés en numérique et ont bénéficié d'un excellent travail de la lumière, ce qui leur donne un rendu quasi-argentique pour moi, de quoi me réconcilier un peu avec le numérique :)
Après, dire si le numérique est en régression de qualité, tout dépend de l'endroit où vous allez voir le film je dirai. Côté caméra et post-prod, je pense que c'est en constant progrès par contre : voir la Penelope-Delta d'Aaton par exemple.
La 4K voir même la 2000000K est illusoire si toute la chaîne n'est pas de qualité.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Ah, j'avais presque oublié qu'ils avaient inventé "l'écran plat incurvé"... :mrgreen:

(il me semble que la penelope delta est resté un prototype et que sa commercialisation est abandonnée...)
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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J'aime bien embêter les vendeurs avec ça :

Moi : Ca sert à quoi que l'écran soit incurvé ?
Vendeur : C'est pour être immergé dans l'action comme au cinéma !
Moi : Ils sont incurvés les écrans au cinéma ?
Vendeur : Oui
Moi : Ah... Jamais vu.
Vendeur : Si c'est les très grands écrans de ciné qui ont besoin d'être incurvés !
Moi : Et vous vendez un écran plat de salon incurvé qui fait 1m50 de base ?
Vendeur : :oops:

Idem avec les télés 4K :lol:
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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07534 J'aime vos avis :!:
Continuez mais surtout ne vous fâchez pas et ne vous tapez sur tête comme ça 776792
On est là juste pour échanger ou écouter (comme moi). Toutefois a voir les derniers posts je revendique toujours et encore ma passion (en amateur) pour l'argentique tout en ayant rien, vraiment rien contre le progrès ... Ce qui compte c'est d'en retirer du plaisir.
Et puis tant pis pour mon "GRAIN" de folie :lol: (n'est-ce pas MUSIDORA)
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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MOSS a écrit : ]...il me semble que la penelope delta est resté un prototype et que sa commercialisation est abandonnée...
Beauviala a été obligé d'abandonner la commercialisation de la Pénélope Delta parce que la société qui fabriquait le capteur dont elle était munie n'a pas pu lui fournir le nombre qui avait été commandé.
Cette caméra était révolutionnaire parce que le capteur en question se déplaçait d'un pixel entre chaque image, de façon aléatoire, ce qui permettait de donner parfaitement l'illusion du mouvement des grains au cours de la projection d'un film argentique.

Voir ici Beauviala parlant de cette nouvelle caméra :

https://www.youtube.com/watch?v=XOsU-2NvQdo

.
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Re: Le cinéma numérique est-il un régression en qualité ?

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Très intéressant Roger! cette technique de déplacement de capteur entre deux prises commence a être utilisé dans les appareils photos, non pas pour recréer du "grain" mais pour accroître la quantité d'information enregistrée afin de composer une image finale en superrésolution.
Pour ce qui est de la production artificielle du grain en vidéo numérique, n'y a t'il pas un moyen purement logiciel (donc moins onéreux technologiquement) de recréer cet effet en post prod?
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