Alerte dans nos salles

convention collective, droit du travail, salaires, contrats CDI et CDD...
nino pagotto

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Enregistré le : mar. 1 mars 2016 - 17:05

Alerte dans nos salles

Message » sam. 21 mai 2016 - 20:22

Alerte dans nos salles : les cinémas sont-ils encore des lieux de vie et de
diffusion culturelle ?

Nous sommes des travailleurs de diverses salles de Cinéma à travers la Haute-Garonne.
Étant les premiers garants du bon déroulement d’une projection et du fonctionnement
d’un cinéma ainsi que l’interface avec le public, aujourd’hui nous vous alertons des
difficultés que nous vivons quotidiennement sur nos lieux de travail.

Depuis 2011, les salles de cinéma et l'ensemble de la filière, avec l'arrivée du numérique, ont
connu de grands bouleversements tant sur le plan technique qu'organisationnel.

Dans un premier temps, les laboratoires argentiques, les stocks de films, les transporteurs,...,
ont fermé les uns après les autres, puis, rapidement, ce furent les salariés des multiplexes
(premiers équipés en numérique) et finalement la moyenne et la petite exploitation qui ont subi
des vagues de licenciements et de précarisation.

On ne cesse de parler d'exception culturelle française, de l'exemple que constitue notre pays
quant à son parc de salles – mis en avant en terme de qualité technique - et à la diversité des
lieux de diffusion. Cependant, les salariés des salles de cinéma, ultimes passeurs de l’œuvre
cinématographique vers le spectateur ne sont pas considérés à leur juste valeur.
On a imposé progressivement aux salariés en place d'aller vers une ultra-polyvalence sans
accompagnement spécifique.
Les métiers désignés dans la convention collective de l'exploitation cinématographique
n'existent plus. Les employés polyvalents, agents de cinéma, etc, ont remplacé les opérateurs
projectionnistes, les caissiers et les agents d'entretien.
Pour autant, les grilles de salaires n'ont pas été modifiées et le métier s'est précarisé (recours
régulier aux CAE, CUI, CDD, temps partiels en tout genre, voire aux bénévoles ou services civiques).

La disparition de l'obligation du CAP d’opérateur projectionniste de cinéma ou d'une formation diplômante pose divers problèmes tant au niveau de la spécificité et technicité de la diffusion d'un film, que de l'accueil (lien social, passation en terme de contenu) et de la sécurité du public et du personnel dans les salles de cinéma.
- les salles de cinéma n'étant pas soumises aux mêmes obligations que les ERP de type L (salles de spectacle), de nombreuses séances sont assurées par une seule personne diplômée ou non (du CAP opérateur projectionniste de cinéma, du SSIAP*), ce qui pose le problème de travailleur isolé et des lourdes responsabilités qui en découlent.
Pour exemple, il n'est pas rare aujourd'hui que des problèmes techniques surviennent dans les
salles (de plus en plus automatisées et planifiées à l'avance) sans pouvoir être résolus dans des
délais corrects (lumières allumées, mauvais format image, niveau sonore,...). Comment faire
quand on est seul, si le moindre problème survient lors d'une projection? Comment faire quand
on est seul pour porter secours à un spectateur malade?

Aujourd'hui on attend d'un salarié d'un cinéma d'être flexible et par exemple d'assumer
simultanément: caisse, vente de confiserie, projection (préparation, maintenance, vérification technique...) travail administratif, standard, accueil des invités, présentation d'une séance, ouverture des salles et contrôle des billets... Autant de compétences et de souplesse qui ne sont ni prises en compte, ni valorisées.

Autre souplesse attendue: rappelons que nos établissements sont ouverts 7 jours sur 7, 365 jours
par an avec des amplitudes de 16h (des scolaires le matin à la clôture de la salle à minuit) allant
de 8h (projections scolaires) à minuit voire au-delà.
Les plannings sont réajustés constamment, au dernier moment, sans aucune régularité et avec
des amplitudes horaires très larges qui ne permettent que très difficilement de gérer de
quelconques impératifs personnels. Ces horaires atypiques à l’extrême, ne bénéficient d'aucun
avantage dans la convention collective de l'exploitation cinématographique.

Rappelons qu'un cinéma peut être une entreprise SARL, indépendante ou issue d'une grande
chaîne, une association ou une régie municipale. Par ces disparités de statuts, aucune convention
collective commune, aucun accord de branche n'est appliqué à l'ensemble des salles.

La loi travail à l'étude a été comme un déclencheur pour notre mouvement de salariés de salles
de cinéma car elle ne fait qu'amplifier ces problématiques.

Comment soutenir les films plus fragiles et les coups de cœur des salles sans interactivité avec le public en tant que passeurs d'images ?

De même comment mettre en place l’échange et le débat autour des films avec le public après la projection, quand on doit nettoyer la salle et préparer la prochaine séance ?

Comment assurer des projections de qualité (nécessité de contrôler les films copies ; sous-
titres), répondre aux problèmes techniques, répondre aux spectateurs?

Comment faire tout cela quand on est seul et mal payé?

À l'heure des équipements personnels home cinémas de plus en plus compétitifs et de bonne qualité, comment conserver la valeur ajoutée d'une salle de cinéma?

Nous ne voulons plus être seuls dans un bâtiment assumant la projection, l'accueil, la sécurité,
le ménage, le service d'ordre, la communication et la multitude d’autres tâches pour le bon
fonctionnement de la salle d’exploitation.

Nous, salariés du cinéma, demandons qu'un diplôme soit exigé, que les grilles des
conventions soient recalculées et redéfinies en intégrant l'évolution de nos métiers, qu'elles
soient identiques pour toutes et tous, salariés du privé, de l'associatif et de la territoriale.
Nous demandons aussi, la prise en compte de nos horaires atypiques et leur revalorisation.

Des travailleurs d’une quinzaine de salles de cinéma de Toulouse et ses environs.
Des travailleurs occasionnels ou de remplacement
Des travailleurs au chômage.

Le 17 Mai 2016

Pour nous contacter : collectifcinemas@gmail.com

*Service de sécurité incendie et d'assistance à la personne