Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Christophe Ruggia a écrit :APPEL
POUR SORTIR DE L'IMPASSE

Par un Collectif de cinéastes composé de Stéphane Brizé, Malik Chibane, Catherine Corsini, Pascale Ferran, Robert Guédiguian, Agnès Jaoui, Cédric Klapisch, Christophe Ruggia, Pierre Salvadori et Céline Sciamma

En tant que réalisateurs de long-métrage, nous sommes au cœur du conflit qui déchire la profession autour de l’extension de la convention collective.
Nous partageons le constat des techniciens qui dénoncent la dérive à la baisse de leurs salaires depuis une dizaine d’années et comprenons parfaitement leurs demandes. Pour autant, nous estimons que l’extension en l’état de la convention collective pourrait s’avérer désastreuse pour tout le secteur et contre-productive in fine pour les techniciens eux-mêmes.

Face à ce conflit qui ne cesse de s’envenimer, il nous semble urgent de revenir sur quelques constats simples afin de tenter tous ensemble d’y voir plus clair.

Deux constats généraux.
1. Depuis 10 ans, l'écart ne cesse de se creuser entre films sur-financés et films sous- financés. De plus en plus de films très chers (au-dessus de 12 ou 15 M€), qui s'appuient massivement sur des financements en provenance des télévisions, le plus souvent privées.
De plus en plus de films désargentés (moins de 3 M€) qui s'appuient majoritaire- ment sur les aides (Avance sur Recette, régions) et une participation de Canal+, parfois d'Arte ou de France 3. De moins en moins de films au milieu (entre 3 et 8 M€) qui ont généralement besoin pour exister d'obtenir l'intégralité des guichets (CNC + régions + Canal + une chaine en clair + sofica et/ou coproduction étrangères, Eurimages, etc). Ces films-là sont souvent sous-financés1, les aides étant sensiblement d'un même montant que pour les films moins chers et les télévisions ne mettant pas un montant suffisant pour qu'ils soient correctement financés2.
Notons que ces films, qui ont souvent la plus grande difficulté à se faire, participent activement de la «vitrine du cinéma français» (sélection en grands festivals, nomination aux Césars, etc.). Leur visibilité cache pourtant souvent une grande prise de risque financière de la part de leur producteur et un engagement plein et entier de l’équipe à ses côtés.
Enfin, une nouvelle tendance s'installe : celles de films en-dessous de 800.000 ou 1M€, notamment des premiers films, réalisés dans une économie qu'on pourrait presque appeler de contrebande.

(1 Nous appelons « film sous financé » un film dont l’addition des financements réunis est très en dessous du budget dont le film aurait besoin, pour se faire avec les moyens que le projet appelle. Nous parlons ici principalement de films « d'auteurs » considérés par les télévisions comme trop audacieux en termes de narration ou de mise en scène pour un accès au prime-time.)

2. Sur la question spécifique des salaires, force est de constater que les films sous- financés ont tendance à tirer les salaires de tous les techniciens vers le bas. Jusqu'à une époque pas si lointaine, le minimum syndical était un vrai minimum : sur les films les mieux lotis, les techniciens étaient souvent 20% au-dessus du minimum et ça pouvait descendre jusqu'à moins 20% pour les films les plus pauvres. Aujourd'hui, les salaires sont très rarement au-dessus du minimum et peuvent aller jusqu'à moins 50%.

Dans ce contexte, plusieurs malaises s’additionnent :
1. Près de 60% des films se font actuellement avec un budget inférieur à 4 M€. Si l'on ajoute à cela la part des films "du milieu" qui sont sous-financés, on voit aisément le nombre effarant de films où l'on demande aux techniciens "de faire des efforts", et aux réalisateurs de réduire leurs ambitions. Or dans le même temps, les familles de films sont de plus en plus cloisonnées. Il est donc de plus en plus rare de voir des techniciens passer d'un film riche à un film pauvre. Et l'on connait tous des techniciens émérites, des collaborateurs précieux, qui ne font que très rarement des films payés au minimum syndical, oscillant autour de moins 10% ou de moins 20%.

2. Les délocalisations se sont amplifiées de manière considérable ces dernières années. C’est un véritable cauchemar pour tout le monde : pour les techniciens privés de travail, mais aussi pour les réalisateurs ou les chefs de poste qui se retrouvent obligés de travailler avec des techniciens qu’ils n’ont pas choisi. C’est enfin un manque à gagner considérable pour les industries techniques françaises dont le savoir-faire est pourtant incomparable.

Il ne nous semble pas inutile ici de distinguer deux grands types de délocalisations :
A. Du côté des films à très haut budget nécessitant de très grosses équipes (en particulier de décoration), ce sont les tournages qui se délocalisent dans des pays moins chers en coût de main d’œuvres (les pays de l’est notamment), et ce, trop souvent, dans une logique de marge et de profit.
Ces délocalisations devraient être en partie endiguées par l’ouverture récente du Crédit d’impôt à cette catégorie de films. (Jusque-là le Crédit d’impôt n’était accordé qu’aux films de moins de 11 ou 12 M€. Cela a été étendu à presque tous les films, il y a quelques mois. L’application effective de la mesure dépend d’une notification par la commission européenne.)

B. Du côté des films sous financés à petit et surtout moyen budget (disons entre 2 et 10 M€). Ces films délocalisent soit tout ou partie du tournage, soit la post production Son (montage son, bruitage, mixage) et/ou les effets spéciaux, vers la Belgique et le Luxembourg en particulier. Ces pays, dont les systèmes fiscaux de financement du cinéma sont beaucoup plus attractifs que les nôtres, entrent alors en coproduction pour des montants importants. En contrepartie, ils imposent que la post-production ou une partie du tournage ait lieu sur place. Dans ce cas-là, le film perd le Crédit d’impôt français mais ce qu’il perd est très inférieur à ce qu’il gagne via la coproduction, d’autant que cela peut lui ouvrir un financement d’Eurimages. Le problème majeur de ces délocalisations-là, c’est que dans la plupart des cas, c’est le seul moyen de boucler le budget du film et donc de faire exister celui-ci.

3. A cela se rajoutent des problèmes très concrets d’emploi du temps. En raison des difficultés de financement, on ne compte plus le nombre de films dont les tournages se décalent ou s’annulent en cours de préparation. Cela frappe de plein fouet les techniciens qui se retrouvent régulièrement dans des situations intenables: refusant, par exemple, un film pour un autre qui sera annulé au dernier moment.

C’est dans ce paysage que prend place la convention collective.
S’appuyant sur un fait réel : le malaise des techniciens face à la dégradation de leurs conditions de travail, leurs syndicats demandent le maximum sur chaque point de négociations et refusent de prendre en compte l’incroyable disparité des budgets (qui se situe dans un rapport de 1 à 70 entre un film comme Tomboy à 900.000€ et le dernier Astérix à 62 M€).

De l’autre côté de la table, les syndicats de producteurs indépendants, s’appuyant sur les difficultés tout aussi réelles de financement d’un grand nombre de films, n’entendent pas ce que les techniciens cherchent à leur dire.

Et ni les uns, ni les autres, ne semblent voir que la question de la convention collective est en train de cristalliser un certain nombre de malaises qui, pour une part, ne se résoudront pas grâce à elle.

C’est l’API (Syndicat regroupant les quatre groupes français de production mais surtout d’exploitation: Gaumont, Pathé, UGC, MK2. Ces quatre groupes représentent moins de 10% de la production française actuelle, le reste étant produits par des producteurs indépendants) qui sonnent la fin des négociations en s’alliant avec deux des trois syndicats de techniciens (le SNTPCT et la CGT). Ensemble, ils signent une convention collective, contre l’avis des trois syndicats de producteurs indépendants et de la CFDT, convention collective entérinée par le gouvernement et dont l’application est aujourd'hui suspendue.

En tant que réalisateurs, nous sommes bien placés pour comprendre le point de vue des uns et des autres. Mais la vérité est que nous nous sentons pris en tenaille entre deux logiques qui s'affrontent et que nous avons pour finir un troisième point de vue.

Nous pensons, par exemple, qu’il y a nécessité qu’une convention collective encadre la grille salariale des techniciens et mette un holà aux abus. Nous pensons par ailleurs qu’il est de la plus grande urgence de trouver les solutions les mieux adaptées afin de mettre un terme aux délocalisations. Pour autant, nous pensons que l’actuelle convention collective n’est pas une réponse adaptée.

Cette convention, conçue avant tout pour les films à haut budget, est profondément maximaliste :
Revalorisation de la grille salariale + obligation de payer tout le monde au minimum syndical + majoration et obligation de paiement des heures supplémentaires + majoration et obligation de paiement des heures de nuit + paiement des heures de trajet + obligation de pourvoir certains postes dès lors qu’un poste hiérarchiquement inférieur est employé (impossibilité, par exemple, qu’une habilleuse fasse un tournage sans costumière, qu’un 1° assistant réalisateur travaille avec un 3° assistant si le poste de second n’est pas pourvu, etc.)
L’addition de tous ces paramètres va entraîner un surcoût pour chaque film.

Ce surcoût devrait être relativement minime dans le cas de films à haut budget où tous les postes sont pourvus et où une partie des obligations est déjà pratiquée actuellement.

A l’inverse, le surcoût ne devrait cesser d’augmenter plus l’on va vers des films où la proportion de la masse salariale des techniciens est importante, au regard de l’enveloppe consacrée aux acteurs, au producteur et aux moyens techniques.

Sur un film d’environ 3 M€, où la masse salariale représente une part conséquente du budget (disons 30%), où les techniciens sont payés au minimum syndical de la grille actuellement en vigueur mais au forfait (incluant quelques heures supplémentaires, les heures de nuit et une partie des heures de transport) et où, l’équipe étant resserrée, tous les postes ne sont pas pourvus, l’on estime le surcoût entre 25 et 30% de la masse salariale, soit environ 400.000€ charges comprises. Dans le paysage de sous-financement actuel, c’est absolument considérable.

Et ce surcoût sera évidemment bien supérieur dès lors que l’on passe du côté des films où les techniciens sont actuellement payés en-dessous du minimum syndical.

Si la convention était appliquée, sans que soient trouvés conjointement de nouveaux financements pour compenser ces surcoûts, cela devrait avoir deux conséquences immédiates :
1. Une proportion importante de films actuellement sous financés (qu’il soit à petit ou moyen budget) ne devrait purement et simplement plus arriver à se faire.
2. Dans les mêmes catégories de budget, d’autres devraient continuer à voir le jour mais en s’appuyant plus massivement encore qu’aujourd’hui sur les délocalisations afin de boucler leur financement. Les seuls films qui ne devraient pas être compromis sont les films à haut ou très haut budget, c'est-à-dire ceux pour lesquelles cette convention a été conçue.

On le voit, ce serait une catastrophe en terme d’emploi, de bonne santé des industries techniques, de transmission des savoir-faire et de diversité du cinéma français.

Un Médiateur a récemment été missionné par le gouvernement pour évaluer précisément ce surcoût et son impact sur les différents types de films. Cette évaluation est d’une importance décisive et nous exhortons les producteurs à y participer dans la plus grande transparence possible.

Mais indépendamment de ce surcoût et de ses potentielles conséquences, cette convention collective porte en germe un autre danger : celui de refréner la liberté d’inventer les méthodes de fabrication de nos films.

En tant que cinéastes, nous sommes profondément attachés à l’idée que chaque film, chaque projet artistique, génère son propre dispositif de tournage et de fabrication. Certains films, par exemple, appellent des équipes très réduites, d’autres des équipes à géométrie variable. Nous considérons qu’il est de la plus haute importance, d’un point de vue artistique, de préserver la liberté de créer ce dispositif avec le producteur et nos collaborateurs techniques.

Cette conception est largement partagée par les techniciens avec lesquels nous travaillons. Lorsque nous évoquons avec certains d’entre d’eux la rigidité de la convention suspendue, la plupart nous réponde qu’on pourra toujours « s’arranger ». Il nous faut malheureusement dissiper ce malentendu : non, si cette convention était appliquée en l’état, nous ne pourrions plus du tout nous « arranger ». Les négociations, film par film, se résumeraient à leur plus simple expression et la dynamique de choix et d’engagement qui est au cœur de nos métiers serait sérieusement mise à mal. Car dès lors que le cinéma sera encadré par une convention collective élargie à tous les employeurs - ce qui n’est pas le cas aujourd'hui -, y contrevenir sera puni par la loi, les producteurs risquant le pénal.

Il n’y a, à nos yeux, aujourd’hui qu’une seule façon de sortir de cette impasse et c’est d’en sortir par le haut.

Nous préconisons trois mesures d’urgence pour tenter d’y arriver.
- La négociation d’une nouvelle convention collective qui s’appuie sur la grille de salaires de la convention suspendue pour mettre un terme aux abus, tout en prenant en compte les différences de réalité économique et artistique des films. On pourrait, par exemple, imaginer des propositions qui aillent dans le sens d‘une convention pérenne sans clause dérogatoire et qui aménageraient les obligations en fonction de 4 grands types de budget :
1. Pour les films au-dessus de 8 M€, la convention suspendue serait appliquée.
2. Les films entre 3,5 et 8 M€ seraient dans l’obligation de payer tous les techniciens au minimum syndical mais une liberté de négociations de gré à gré entre les techniciens et le producteur serait conservée, concernant les heures de nuit, les heures supplémentaires et les postes à pourvoir, comme c’est le cas aujourd'hui.
3. Les films entre 1M et 3,5 M€ seraient dans les mêmes conditions que les films de la catégorie supérieure mais avec la possibilité de descendre jusqu’à moins 20% du minimum.
4. Enfin, les films en dessous de 1M€ ne ressortiraient pas de la convention collective cinéma mais du droit général du travail.

Cette nouvelle convention produirait elle-même un vrai surcoût, mais qui serait évidemment moindre que celle de la convention suspendue.

- Pour compenser ce surcoût, nous pensons qu’il est de la plus haute importance de solidariser cette renégociation à une réflexion sur le financement des films à petit et moyen budget. Cette réflexion devrait aussi avoir pour mission d’élaborer des mesures concrètes qui endiguent les délocalisations.

Nous demandons solennellement aux Ministères de tutelle et au CNC d’élargir le champ de mission du Médiateur afin qu’il mette en place dans les plus brefs délais ce groupe de réflexion, en y associant tous ceux, techniciens, réalisateurs, producteurs, qui, dans un souci d’apaisement, pourraient être de véritables forces de propositions.

Nous appelons tous ceux qui partagent nos constats et nos préconisations à signer ce texte afin de mieux nous faire entendre.

Premiers signataires :

Yvan Attal, Jacques Audiard, Bertrand Bonello, Jérôme Bonnell, Rachid Bouchared, Claire Burger et Marie Amachoukeli, Guillaume Canet, Laurent Cantet, Costa-Gavras, Bruno Dumont, Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Léa Fehner, Tony Gatlif, Nicole Garcia, Romain Goupil, Mia Hansen-Love, Christophe Honoré, Jan Kounen, Gérard Krawczyk, Eric Lartigau, Philippe Leguay, Tonie Marshall, François Ozon, Nicolas Philibert, Bruno Podalydès, Gilles Porte, Martin Provost, Katell Quillévéré, Philippe Ramos, Alain Raoust, Brigitte Rouan, Claire Simon, Alice Winecour, Rebecca Zlotowski, Erick Zonca …
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Non, non, non... un médiateur a été désigné pour "mieux" mener les discussions/ réflexions, nuance. Mais le socle reste cette nouvelle convention avalisée par les divers partenaires sociaux - qui en fait ne représentent que 10% de la profession, les + lourds financièrement - ça ne vous rappelle rien ? Nouvelle convention pour l'instant pas adoptée, donc, mais qui reviendra sur le tapis...
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Je trouve ce texte HA-LU-CI-NANT!

.... non sur le constat (notamment des délocalisations de production ou de la hiérachie des budgets), car je donne le crédit de l'auteur de beaucoup mieux connaitre son milieu professionnel que moi.

Mais sur la proclamation d'un droit à la dérogation du droit, plusprécisemment de la hiérachie du droit du travail ( code du travail, conevtnion collective, contrat) en allant jusqu'à invoquer le droit à la créativité!

je me souviens il n'y a pas si longtemps comment dans un autre domaine , celui de l'animation socio culturelle, un gros employeur de ce secteur tenait un discours sur la citoyenneté des jeunes animateurs pour justifier leur demande de dérogation du droit du travail pour les animateurs de centre de loisirs. Ils metteaient en avant aussi le risque de sacager la'ctivité en elle même, oubliant dans leurs argumentaires que ces jeunes animateurs étaient payés au lance pierre et étaient en charge de la responsabilité d'enfants... pas une petite charge quand même... et bien cette dérogation , ils l'ont eu!!! :evil:

Et là une fois de plus on convoque le fait que la culture, par nature, doit être exemptée de l'égalité des droits devant le travail.
Notez par ailleurs combien les techniciens sont nombreusement fois cités avec la main sur le coeur quant à leurs conditions...ça ne vous rappelle rien? les projectionnistes et le numérique? les discours d'UGC - ou des petits exploitants encore maintenant - avant qu'ils retournent leur veste?

Non sans rire essayez de prendre le texte et de changer le mot culture par restauration ou batiment et ça fait froid dans le dos.
Coeur Noir a écrit :Nous préconisons trois mesures d’urgence pour tenter d’y arriver.
- La négociation d’une nouvelle convention collective qui s’appuie sur la grille de salaires de la convention suspendue pour mettre un terme aux abus, tout en prenant en compte les différences de réalité économique et artistique des films. On pourrait, par exemple, imaginer des propositions qui aillent dans le sens d‘une convention pérenne sans clause dérogatoire et qui aménageraient les obligations en fonction de 4 grands types de budget :
1. Pour les films au-dessus de 8 M€, la convention suspendue serait appliquée.
2. Les films entre 3,5 et 8 M€ seraient dans l’obligation de payer tous les techniciens au minimum syndical mais une liberté de négociations de gré à gré entre les techniciens et le producteur serait conservée, concernant les heures de nuit, les heures supplémentaires et les postes à pourvoir, comme c’est le cas aujourd'hui.
3. Les films entre 1M et 3,5 M€ seraient dans les mêmes conditions que les films de la catégorie supérieure mais avec la possibilité de descendre jusqu’à moins 20% du minimum.
4. Enfin, les films en dessous de 1M€ ne ressortiraient pas de la convention collective cinéma mais du droit général du travail.
sans clause dérogatoire... tu parles, la proposition a déjà les clauses dérogatoires à l'intérieur!!

ça c'est mon passage préféré car ça dit bien plus prosaiquement l'idée de l'auteur... encore une fois remplaçons le milieu du cinéma par la restauration et vous avez la justification du fait de payer un arpette ou un commis de cuisine 5 euros de l'heure quand tu bosses dans une pizzeria! et circulez y'a rien à voir, c'est normal, je ne suis qu'un petit patron qui se lève tôt.

Je n'idéalise certainement pas la CGT, loin de là (franchement très loin même) et je n'idéalise pas non plus une profession ou un secteur d'activité....(qui vit aussi ces contradictions , je me souviens du milieu intermittent lors de luttes qui n'étaient pas à une contradiction près!)
Mais il y a des artistes qui feraient mieux de tremper 8 fois leurs plumes dans l'encrier avant de signer des anneries. Il y a peut -être d'autres façon de protéger les "petits" films (il parle quand même heureusement du financement) que d'une fois de plus taper sur les salaires... des techniciens... au fait marrant pas de mention des salaires d'acteurs dans le texte.
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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:| Industrie dure, Ève.
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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et bientôt ..la fin de l'exception culturelle ...?? à cause de Bruxelles qui n'en veut plus ..!!
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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MOSS a écrit ::| Industrie dure, Ève.
Qui, elle-même, a l'Adam dur...


Ouh, là...
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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et bientôt ..la fin de l'exception culturelle ...?? à cause de Bruxelles qui n'en veut plus ..!!
Je suis désolé de dire que cette affirmation est totalement fausse.
Dire "Bruxelles n'en veut plus" est une caricature de la réalité.
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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je pense aussi.

D'abord de qui parle t-on quand on parle de bruxelles: de la commission, du parlement?

et puis je pense que dans notre contexte purement national, il y a bon nombre de politiques, d'acteurs de la production et de l'exploitation, qui en ont aussi assez de cette "exception" (où en est-elle d'ailleurs de cette exception, parle dt-on d'exception française s'agissant d'intouchable par exemple. parle t-on d'exception sur les productions françaises financées par la télévisions...? c'est comme quand en ce moment on me parle de modèle sociale français... ces gens là ne sont pas aller à l'hopital récemment pour parler de modèle! :cry: )

En tout cas si "bruxelles" remet en cause un système culturel français, les gens qui sont à Bruxelles sont aussi composés de nationaux bien français, dans un modèle de pensée idéologique aussi bien français etc... rappelons que bon nombre d'institutions transnationales de régulation de marché (OMC, FMI etc...) ont été beaucoup pilotées par de bons vieux énarques issus de nos écoles de pensées politiques.... frrrraannnnçaises!

donc caricature... pour le coup je dirais oui! 003654
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Malheureusement, pour certains qui ont été hospitalisés à l'étranger, le modèle français même en prenant l'eau est encore quelque chose.
Pour la culture, s'il y a perversions, le système n'est pas sans vertus, si?
Personne n'a entendu parler de la cérémonie des Goya cette année??
Les discours de remerciement des primés n'ont rien à voir avec ce qu'on connaît ici...
Exemple avec Candela Peña...
Candela Peña a déclaré en serrant le buste du Goya qu’elle n’a pas travaillé durant les trois dernières années. "Pendant ces trois ans, j’ai vu mourir mon père dans un hôpital public où il n’y avait pas de couverture pour le couvrir et où nous devions lui apporter de l’eau. Pendant ces trois années, un enfant est né de mes entrailles et je ne sais pas quelle éducation publique il va recevoir…", a-t-elle affirmé avec une colère à peine contenue, des larmes aux yeux."

Plus de chose ICI
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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moss, je ne fais évidemment pas de comparaison entre l'hopital en France et un pays où on meurt de soif dans un hopital.... je pense avoir encore un peu de mesure à ce propos... je rappelle quand même que dernièrement , on a entendu parler d'une personne agée qui est morte dans les toilettes d'un hoptial car elle avait été oublié pendant plus de 35 heures dans le service! et le responsable de l'hopital affirmait qu'il n'y avait pas de problème de responsabilité de l'hopital!
Je dis donc juste que ceux qui convoquent un "modèle" social français, comme on parle d'une exception culturelle, parle en fait d'un monde d'il y a 30 ans complètement mythifié, et que de de modèle comme d'exception , il n'y a pas point ... si on les compare à d'autres pays comparable évidemment.... 003654

est-ce que le financement des films par les télévisions est une exception où un aménagemenent particulier d'une non exception?
est-ce que l'appel objet de ce topic n'est pas aussi une forme de libéralisme de gauche , preuve qu'on peut faire de l'exception française tout en demandant le même libéralisme qu'ailleurs? 003654 Je suis sur qu'il y en a dans cet appel qui vont appeler à voter mélanchon (bon allez au moins la gauche des socialistes!)! (bon je dérape et suis HS mais ça fait plaisir à dire quand même!)
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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On est d'accord au fond. D'ailleurs, quitte à déraper, je souligne qu'on est très bien soigné en France quand on est un dictateur étranger...
1352 (enfin, j'aimerais bien.)
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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je ne sais pas ou en est la renégociation de l'accord de libre échange entre l 'Europe et les Etats-unis .. mais ce que je sais pour l'avoir lu c' est que la commission Européenne n'a pas fait figurer dans le mandat des négociateurs qu'elle a elle même désigné .. l'exception culturelle .. donc ont peut considérer qu'elle n'est plus affirmée .. non ??
On connait la position de Bruxelles sur le libre échange ..au nom de la libre concurrence !!!
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Oui mais les français se sont tirés tout seuls comme des grands (cons) la balle dans le pieds avec hadopi-en-échange-d'une-réduction-de-la-fenêtre-exploitation-ciné dans la chronologie des médias : pour faire plaisir aux éditeurs vidéos qui ne prennent pas le tournant du dématérialisé / faciliter la vie des FAI et de la VOD...

Or même aux USA - où globalement la chronologie des médias n'existe pas de manière "gravée dans le marbre de la loi" - même là-bas on comprend que laisser une fenêtre d'exclusivité assez grande à l'exploitation ciné en salle crée/maintient/renforce un secteur d'activité spécifique avec des retombées externes monétisables...

Donc l'exception culturelle se défendra toute seule puisqu'elle induit une exception "financière" particulièrement sensible dans les économies de certains pays européens : la France, bien sûr, mais pas mal de pays de l'est qui accueillent de + en + de tournages, l'Angleterre (est-elle européenne, c'est un autre débat) qui depuis des années louent des studios, un projet d'investissement US pour des studios sur une ancienne base aérienne dans le Sud Ouest (c'en est où ça ?), la CineCitta de Besson, les coprod' dans l'animation très souvent pilotées et finalisées en France ou en Belgique...

Y-a-p'têt plus besoin de cette exception culturelle ? Ça va paraître maladroit à certains comme analogie, mais c'est un peu comme la défense des langues régionales - en France et ailleurs en Europe : on n'a jamais autant entendu parler de ces dialectes et autres patois, que depuis que l'Europe existe... Ce serait pas le même paradoxe avec l'exception culturelle cinématographique ?

Ce serait comme affirmer qu'aux States il n'y a plus de films underground, indépendants, originaux ou dérangeants... Certes ce ne sont pas les films exportés massivement, mais ils existent quand même, là-bas et jusqu'ici...

Voilà, c'était mon quart d'heure de naïveté du soir...
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Re: Extension Conv. Collective, l'appel de Christophe Ruggia

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Coeur Noir a écrit :Voilà, c'était mon quart d'heure de naïveté du soir...
Coeur noir, tu fais souvent part de ta "naïveté" ces derniers temps... Il y a peu j'ai lu : "la naiveté, c'est croire en ce qui a de la valeur pour nous, en dépit de tout."
Est-ce un mal ?
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